Art & Culture

Published on janvier 25th, 2019 | by Christopher Cipollini

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Interview avec Allegra Pesenti, Directrice Associée et Conservatrice Principale du UCLA Grunwald Center pour les Arts Graphiques

Situé à Los Angeles en Californie, le Hammer Museum a longtemps été un point de chute culturel pour une vaste gamme d’expositions montrant une variété de créations artistiques en provenance du monde entier. Récemment, le Hammer a été particulièrement fier de présenter « Stones to Stains – The drawings of Victor Hugo. » L’exposition affiche fièrement plus de 75 dessins et photographies de la carrière d’Hugo. Pour le spectateur, c’est une expérience puissante et révélatrice de découvrir les talents tacites d’un homme que beaucoup perçoivent uniquement comme l’un des plus grands conteurs de la littérature, il se dévoile en tant qu’artiste aux multiples facettes et observateur du monde. FQM a eu le privilège de parler avec Allegra Pesenti, Directrice Associée et Conservatrice Principale du UCLA Grunwald Center pour les Arts Graphiques.
Victor Hugo, Silhouette de château illuminé par un orage, v. 1854‒57. Pochoir coupé à partir de carton, avec du charbon, de l’encre brune et du lavis. 7 5/16 × 6 5/16 po (18,5 × 16 cm). Bibliothèque nationale de France. NAF 13351, fol. 34 (1) © Bibliothèque nationale de France
Qu’est-ce qui vous a incité à accueillir les œuvres de Victor Hugo au Hammer Museum ? Nous avons voulu faire la lumière sur un aspect très privé et méconnu du talent créatif de Victor Hugo. Nous étions certains que nos visiteurs, en particulier les artistes dans notre communauté, répondraient à la spontanéité et à la liberté d’expression des lavis d’Hugo. Certains sont des formes biomorphiques pures et absolument inédites au milieu du 19e siècle. Ils préfigurent les techniques de dessins automatiques des surréalistes avec environ 70 ans d’avance et ils sont antérieurs à l’invention de l’abstraction du XXe siècle. En raison de la rareté et de la fragilité de ces œuvres, ce sera probablement la dernière fois qu’un tel groupe de ses dessins sera montré dans ce pays. Nous avons ressenti un sentiment d’urgence en produisant cette exposition. Pensez-vous que les talents d’artiste de Victor Hugo sont bien connus ? Victor Hugo est connu par notre grand public comme l’un des plus grands écrivains de tous les temps et la plupart des visiteurs auront au moins entendu parler de « Les Misérables » et « Le Bossu de Notre-Dame ». Cependant peu de gens sont au courant de son extraordinaire talent comme dessinateur. Hugo fut un personnage très franc et public en son temps et il a été largement publié en tant qu’écrivain mais il ne révéla jamais ses dessins dans des salons ou des expositions. Les dessins étaient seulement montrés à ses amis et à sa famille, et ce n’est qu’au siècle suivant que l’on commença à prendre conscience de cette forme d’invention très privée. Quelle pièce de cette exposition vous parle le plus ?
Victor Hugo, Planète, ca. 1854. Encre brune et lavis sur charbon de bois avec des touches de gouache blanche sur le papier. 12 1/8 × 14 9/16 po (30,8 × 37 cm). Collection de David Lachenmann
Je réponds en particulier à la série de « Planètes », ou de sphères qui rappellent la lune et le cosmos. Je l’imagine observant le ciel étoilé, lors de son exil dans les rudes îles anglo-normandes, entre les côtes de la France et l’Angleterre, où il a passé près de vingt ans de sa vie. Il était hypnotisé par la magie de ces formes qui sont rendues d’une façon tellement évocatrice sur le papier. Ces éléments de l’atmosphère, au-delà des frontières qui peuvent nous séparer de chez nous, sont communs à toute l’humanité. Pensez-vous que l’art d’Hugo se confond avec son œuvre, ou le percevez-vous comme étant à part ? Les dessins d’Hugo n’étaient pas conçus comme illustrations pour ses écrits. Bien qu’il ait utilisé les mêmes outils pour l’écriture et le dessin, la plume, le crayon et l’encre sur papier, ils devraient être considérés comme des formes parallèles d’invention. Dessiner lui a permis de s’exprimer d’une manière que l’écriture ne lui permettait pas, et vice versa.
Victor Hugo, Souvenir d’un burg des Vosges, 1857. Encre brune et lavis et gouache blanche sur papier. 18 1/2 × 12 3/16 po (47 × 31 cm). Le Metropolitan Museum of Art, à New York. Achat, Fonds Harris Brisbane Dick, Don de la Fondation Donald Young, Fonds Harry G. Sperling et Don David M. Tobey, 2012. 2012.17. © Metropolitan Museum of Art / source d’image, Art Resource, NY
Pensez-vous que cette exposition modifiera la perception de Victor Hugo comme étant un artiste plus qu’un auteur ? Hugo sera et doit rester connu d’abord en tant qu’écrivain, poète et militant politique. Ce sont les pratiques au sujet desquelles il s’exprimait le plus, et qu’il propageait. Je pense cependant que cette exposition résultera en une perception approfondie de l’auteur par le public, car elle révèle ses talents artistiques tout aussi impressionnants. Cet article a été traduit en français par Sandrine Sweeney.


About the Author

est né aux États-Unis mais son cœur appartient à la culture parisienne. Sa passion est née de l'étude autodidacte d'artistes allant de Degas à Lautrec et d'écrivains comme Genet et Rimbaud. Son grand amour de la culture française est la poésie symbolique et le cinéma français ainsi que l’histoire. Auteur à deux reprises, il a écrit pour plusieurs publications américaines "The Desert Observer", "Downtown Zen" et a publié deux ouvrages en prose: "The Musings" et "A Secret Kingdom". Il vit à Las Vegas.



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